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Par monts et par vaux...
9 septembre 2010

Paradoxale profession : l'enseignement

Un jour, il y a de ça longtemps
J'ai choisi de marcher dans la vie
Entourée de rires d'enfants.

Avec le zèle de mes vingt ans
Je rêvais de changer  le monde
Par le biais de l'enseignement.

Le soir, en me couchant
Je mijotais de sages leçons
Et des nuits durant
J'écrivais... sur tableau noir
Des mots syllabiques de lumière
Des mots en "ou" des mots en "on"
Des mots de mots
Des mots savants
Des mots de grandes chansons.

Le lendemain, la tête remplie de nuages
Je découpais mes rêves en belles images
Et souvent, beaucoup trop souvent
Ces images, de mes nuages, devenaient ORAGES.
J'apprenais le métier à  mes dépens.
Je découvrais l'art des arts
L'art de l'enseignement.

Je devais apprendre, comme Rodin ou comme Michel-Ange
À faire surgir la connaissance, au seuil de la conscience
Telle une statue se pointe d'un marbre fragile
Tel un penseur bronzé émerge d'un métal froid.

Ce qui d'abord m'avait paru facile
Devenait pour moi lourde tâche, devoir pénible.
Souventes fois... je me sentais abattue
Abandonnée de mon courage
Et je me taxais sans scrupules
D' "incompétente" ... de "malhabile".

J'aspirais toujours malgré tout à ...
Capter soudainement la science du jour, en BLOC sans fissures
Et offrir généreusement, cet amas de notions et de doctrines
En cadeau... à Pierre, à Bill, à la petite Catherine.

Parfois encore, moi, l'institutrice mal assurée
Je regrettais ma vocation
De livres et de crayons.

Je me disais : "C'est fou...
Combien il me serait plus doux
De compter des sous
Plutôt que de répéter... sans cesse répéter...
Bijou, caillou, chou, genou... pou."

Débordée, fatiguée, désenchantée
Je récitais mes litanies...
"Si mes élèves ne savent rien... c'est à cause de la télé.
Si je n'ai pas le temps de respirer...  c'est à cause des programmes surchargés.
Si le p'tit Stéphane est si tannant... c'est à cause de ses parents.
Si les enfants sont si agités... c'est à cause de la récré.
Si Patrick s'endort sur le plancher... c'est à cause de son dîner.
Si Chantale m'envoie promener... c'est à cause de la société."

Ô paradoxale profession
La plus grande, la plus dure
La plus noble, la pire, la meilleure
Sans discussion.

Profession de compassion, de déraison
Plus que profession
Mission et à la fois passion
Instruction, éducation, application
Frustration, co-opération, tradition
Rigodon !
Pardon ! je connaissais alors tant de confusion.

Comme un violoniste en herbe
Qui maudit son violon...
Je songeais à l'abdication
À faire école buissonnière
À déchirer mon diplôme d'hier
Ou à écrire un gros bouquin farceur
Intitulé : "Les tribulations d'une ex-professeur".

Et puis... les années ont passé.
Le calme s'est installé, dans ma maison.
Il faut croire
Que les tenaces violonistes
Arrivent à capter le silence entre les sons
La mélodie qui efface les tensions.

Aujourd'hui, je connais le secret de l'enseignement.
Un secret qui se résume en un seul et puissant mot :
APPRENDRE.

Alors, maintenant,
Avec la jeune Marlène
Ou le sage Simon
J'avance en cadence
Vers de nouveaux horizons.

J'ai appris à moins parler
J'ai appris à mieux écouter.
Je ne veux plus m'époustoufler
Ou m'endormir la tête sous l'oreiller.

J'attends la dictée sans fautes
Ou la parfaite lecture à voix haute
Comme le semeur attend sa moisson
Animée de foi et de conviction.

Je cherche sans cesse
Les pousses de vie
Les pousses de couleurs...
Ces pousses intérieures...
Qui façonneront notre demain
Le monde extérieur
Notre monde des humains.

Eureka ! je trouve promesse et poésie
Force, joie et symphonie.

Aussi, je prends le temps
De me donner du temps.

Enfin, voici l'heure de l'évaluation.
Je souris ! ... OUI !
Je re-choisis ma profession.

Je me fabrique un bulletin de vitalité
Décoré de A, de B et de mots encourageants.
Je le mérite ... j'ai tant travaillé.

Pour tout commentaire, j'écrirai cette pensée...
"Chère enseignante...
N'oublie pas de t'accueillir tendrement
Comme tu accueilles dans ta classe
Tous ces nombreux enfants...
Pardonne-toi tes grandes idées
Et en toute humilité...
Reconnais tes maîtres
Tous ces petits enfants".

Lysette Brochu

A cette heure où je reprends, amère, mais déterminée le chemin de l'école, mes pensées vont à Soeur Virginie, ma si chère maîtresse du cours préparatoire, qui a été et restera mon modèle professionnel.
 

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Commentaires
M
courage a oti ma belle bizzz
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K
Joli texte qui te va si sagement. Une maîtresse comme on en voudrait. <br /> Reste comme tu es.
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S
que dire après les autres???elles ont bien résumé notre admiration pour ta détermination,ta douceur,ton amitié<br /> j'aurais aussi aimé que mes enfants t'ai comme instit<br /> bravo pour ce que tu fais et laches pas;)
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B
Merci de m'avoir fait découvrir ce texte, tellement vrai et beau, je suis heureuse de voir que tu reprends le chemin de l'école, car tu es je suis sure une instit géniale, portée par l'amour de son métier, chaque enfant qui passe dans ta classe, aura plus tard un bon souvenir de toi, ça j'en suis certaine.
Répondre
C
que j'aurais aimé t'avoir comme instit, ou alors pour mes enfants pour pouvoir te garder en amie.<br /> <br /> Ceux qui ne savent s'en rendre compte sont des imbéciles<br /> <br /> Ma douce Jaze continue de croire en ce beau métier qui fait aussi de nos enfants ce qu'ils sont. <br /> <br /> Un jour tu en seras remercié, toi même tu me disais, j'ai revu un ancien élève, content ...ça existe encore <br /> <br /> Ui un ptit accroc, passe par dessus, tu es plus forte<br /> <br /> Quand j'entends parler mes filles de leur "Madame", je me dis que toi aussi tu as des petits élèves qui te vénérent, c'est à eux que tu dois penser dans le doute<br /> <br /> Imagine qu'un jour l'un ou l'une d'entre eux écrivent sur son blog : merci à "Jaze", maitresse à laquelle je dois ma vocation <br /> <br /> pis quand ça va pas, tu sais où te tourner, tu prends la voiture et basta les 200 kms qui nous séparent ma belle, je serais toujours prête à te consoler, de jour comme de nuit<br /> <br /> bisous d'encouragement
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